Pannonie, UN NOM CURIEUX  !

 

Le nom de la Pannonie a toujours fasciné les hommes. Et nombreux sont ceux qui tentèrent d'en découvrir le sens et l'origine. 

 

Pétris de culture antique,les savants lettrés du XVIIe siècle ont d'abord cru y trouver la trace du dieu Pan, tout droit sorti de la mythologie grecque pour venir ici apprécier la nature, et séjourner à l'ombre des chênes.

D'autres ont préféré y reconnaître la dévotion chrétienne pour sainte Apollonie. Le secours que cette martyre apporte traditionnellement, contre les maux de dents ou contre les dentistes, importait moins que la prononciation occitane des habitants : dans les campagnes en effet, nous prononcions plus lo palonio que la pannonie, jusqu'au siècle dernier. Ces nuances orales se vérifiaient aussi sur le papier, lorsque le curé du lieu écrivait "panonie" dans son registre de baptêmes du XVIIIe siècle, ou lorsque le châtelain signait "Lapannonie" à la même époque.

 

 

De fait, nous ignorons l'origine exacte de ce nom, et vous ne découvrirez par conséquent que des propositions, plus ou moins séduisantes, plus ou moins crédibles.

 

Le plus ancien texte désignant ce lieu date du XIIIe siècle, et reprend les comptes de l'abbaye d'Obazine qui y possédait une grange, c'est-à-dire une exploitation agricole. Un peu plus tard, la Pannonie apparaît en 1287 parmi les fiefs ecclésiastiques visés par le Traité de Paris. Toutefois, cette désignation était d'ordre fiscal, afin de remettre au roi d'Angleterre les revenus des terres concernées; et le rédacteur n'a pas pris soin d'inscrire sur le papier l'étymologie des noms qu'il énumérait..

 

Les chercheurs ont tenté d'en percer les mystères en proposant des hypothèses. Ainsi, un archiviste découvrit l'existence d'une famille Pano ou Panho. Elle vivait dans la ville voisine de Gramat au XIVe  siècle, et aurait pu donner son patronyme au lieu. Les défrichements du XIIe siècle ont occasionné la création de nouveaux toponymes, à partir du nom des habitants. Ce phénomène est visible dans la désinence en -ia ou -ie de La Seguinia, où vivaient des Segui. Certes, de nombreux exemples locaux suggéreraient une forme plus commune de Pannodie à l'image de la Vassaudie ou de La Meynardie, ou de Pannotie sur le modèle de La Canétie, mais cette origine reste possible.

À partir du bas-latin panagium, le droit de panage, qui consistait à conduire des porcs sous les chênes pour les nourrir de glands, aurait pu se transformer en pannonie avec le temps et l'usage. Dans ce cas également, ce serait une référence rurale en lien avec le premier établissement connu : l'exploitation agricole dépendant d'Obazine. Un accord signé en 1275 semble confirmer cette hypothèse : il établit que la forêt serait commune aux religieux et aux habitants de Gramat, que tous auraient le droit d'y amener paître leurs animaux, sans toutefois écorcer les arbres ou allumer des fours à chaux, et risquer alors un incendie.

 

La dernière hypothèse a fait couler beaucoup d'encre. En effet, en Hongrie, l'ancienne province romaine située le long du Danube s'appelle également "Pannonie". Une telle similitude est troublante. Sans remonter à l'époque de saint Martin, puisque c'est l'abbaye d'Obazine qui a imposé ce nom à côté de Rocamadour, il est possible que le réseau cistercien ait, au XIIIe siècle, incité des hommes à traverser l'Europe pour venir vivre ici. Non seulement la région a alors été repeuplée par des vagues migratoires qui nous ont laissé des toponymes germaniques, mais la grange de la Pannonie avait aussi besoin de bras pour défricher et travailler ses terres. Ces voyageurs ont pu laisser les rives du Danube en partant en pèlerinage, ou bien fuyant les hordes venues de l'Est qui troublaient leur sérénité. Parvenus près de Rocamadour, il leur a été possible de baptiser ainsi leur nouveau lieu de résidence. Mais les premiers frères convers, installés là, n'ont pas laissé de documents pour certifier telle ou telle hypothèse... et le mystère reste entier !